Mercredi 11 mars 2009

     Maintenant que j'ai fini de rédiger mon recueil de nouvelles (je suis en phase de relecture) je vous mets ici des extraits de chacune d'elles!
     Histoire de vous donner envie (ou pas?) de lire le recueil dans son intégralité...


Par Coq - Publié dans : Extraits de nouvelles
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Mercredi 11 mars 2009



     Marcel s’assoit sur le vieux lit qui grince, les yeux fixés sur la fenêtre, dans le vide. Dehors, la neige a recommencé à tomber, et il peut entendre les cris de joie de Léo, étouffés par les murs épais qui séparent la chambre du reste de la maison.

      Le téléphone sonne, le faisant sursauter. Il se lève rapidement pour se précipiter dans le salon. Sa fille a déjà décroché.

« Oui ? Oui c’est moi. Oui papa est ici. »

Un grand sourire illumine le visage de Marcel.

« C’est Brigitte ? C’est ta mère ? »

Emma a un petit mouvement de tête embarrassé.

« Non, c’est Paul. Je te le passe. »

Son sourire s’efface, et il prend le combiné de mauvaise grâce.

« Allô ? »

Emma retourne sur le tapis pour jouer avec ses enfants. Léo fait des chatouilles à Chloé, qui rit aux éclats, et Marcel n’entend rien de ce que lui dit son fils.

« Quoi ? Non je ne… Hein ? »

Il finit par s’énerver.

« Ah Léo tu vas arrêter oui ?? On ne s’entend plus dans cette foutue baraque !!! »

Son petit-fils s’arrête net, lui jetant un regard noir.


      Quand Marcel raccroche, Emma et les enfants ont émigré à la cuisine, et il se retrouve seul dans le silence feutré du salon. Il s’approche des fenêtres, et observe un moment le paysage enneigé. Il pense à sa femme. Il espère qu’elle va bien. Il voudrait qu’elle soit là, avec lui, pour regarder la neige tomber, comme ils font chaque année.

      Derrière lui, la porte de la cuisine s’entrouvre, faisant parvenir les sons étouffés d’un semblant de vie. Des bruits de vaisselle, les gazouillis de Chloé, la voix douce d’Emma… Une petite main vient se glisser dans la sienne. Marcel a un petit sursaut de surprise, mais n’essaye pas de se dégager de l’emprise de Léo – qui reste là, avec lui, pour regarder la neige tomber.


Par Coq - Publié dans : Extraits de nouvelles
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Mercredi 11 mars 2009




      Après quelques leçons de piano, Sarah a quelques heures devant elle avant la sortie de l'école. Elle décide de se promener le long de la rivière. En été, elle aime y aller pour y tremper les pieds. Quelques fois Denis l'accompagne, mais il reste toujours un peu en retrait, l'observant de loin. Sarah a alors l'impression d'être un chien que son maître promène. En automne, par contre, elle reste sagement sur la rive. Et son mari et elle, lorsqu'il daigne l'accompagner, ressemblent alors à un « vrai » couple.

      Cela fait longtemps que Denis n'a pas pris le temps de l'accompagner près de la rivière. La préparation du prochain film l'occupe beaucoup, même si, encore une fois, il se déroule dans la région. Au début, Sarah avait du mal à supporter ces séparations. Denis lui manquait continuellement, et quand ils se retrouvaient tout était merveilleux, comme au commencement de leur relation. Quand il repartait, son coeur se déchirait, tel un puzzle qu'il faut continuellement refaire. Mais avec les années, Sarah a de moins en moins de mal à supporter ces absences. Petit à petit, c'est l'éloignement qui est devenu normal, et la proximité inhabituelle. Et elle reproche à Denis ce que elle-même ne veut pas admettre ressentir : qu'ils puissent très bien se passer l'un de l'autre.



Par Coq - Publié dans : Extraits de nouvelles
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Mardi 10 mars 2009

 


     Il fait déjà nuit quand Véro arrive chez elle. Le bruit de la clef dans la serrure résonne dans son appartement vide. La lumière du couloir éclaire quelques instants le hall, avant que la porte d'entrée ne se referme sur elle. Dans le petit séjour, la lumière des réverbères éclaire le plafond. Le voyant du répondeur ne clignote pas. Elle s'assoit lourdement sur le canapé, les yeux mi-clos dans la pénombre. Des pas et des cris joyeux d'enfants raisonnent chez les voisins du dessus. Une bonne odeur de légumes et d'épices s'élève de l'appartement des voisins du dessous. Véro sent son ventre qui se tord. Elle ouvre une paupière en direction de son petit espace cuisine baigné dans l'obscurité. Elle soupire, se lève péniblement, et se traîne jusqu'à son réfrigérateur. Peu après, elle mange sans appétit un plat sans goût réchauffé au micro-ondes. Elle jette la barquette plastique dans la poubelle, sa cuillère dans l'évier, et ses vêtements sur son lit. Sous la douche, elle laisse la chaleur de l'eau la bercer. Puis elle se glisse sous des draps trop lisses dans un lit trop grand, et s'endort.

      Le réveil qui sonne ne réveille pas Véro. Elle a déjà les yeux grands ouverts, fixés sur le plafond. Elle regarde le soleil qui joue avec l'abat-jour. Des reflets roses et jaunes. Elle reste quelques minutes ainsi, avant de se lever, de s'habiller, de se maquiller, et de sortir sans avoir pris de petit-déjeuner. La rue est déjà assez animée. Des gens pressés qui courent au travail. Des enfants moins pressés qui traînent des pieds pour aller à l'école. Des voitures qui klaxonnent. Des chiens qui aboient. Le pâle soleil d'octobre qui réchauffe les joues.

      Ses collègues arrivés en avance débattent autour d'un café sur la possibilité de perdre leur travail. Véro passe sans s'attarder. Elle n'est pas d'humeur à écouter les craintes et les revendications de ses collègues. Elle sent le regard attisé des hommes et courroucé des femmes, et elle se rend directement à son bureau. En tant qu’ancienne hôtesse de l’air, Véro a été très prisée dans sa jeunesse. Elle a beaucoup voyagé, rencontré beaucoup de monde, connu beaucoup d’hommes, mais elle n’en a aimé qu’un, le père de ses enfants, dont elle est maintenant séparée. Elle supporte très mal la solitude, et le métier qu’elle exerce aujourd’hui, secrétaire, ne l’a pas aidée à ce niveau-là. Toujours fantasme des hommes, elle reste néanmoins une femme très seule, et son corps vieillissant qui s’amaigrit ressemble de plus en plus à celui d’un petit oiseau fragile.



Par Coq - Publié dans : Extraits de nouvelles
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Lundi 9 mars 2009

      La journée est déjà extrêmement longue d’habitude, mais l’attente anxieuse du retour de son amie plonge Madame Guérin dans une morosité encore plus forte. Elle n’arrive pas à se concentrer sur ses prières pendant le culte. Le vent froid la chasse rapidement du parc. Le retour dans sa chambre n’est qu’un bref et piètre réconfort avant le déjeuner à peine cuit. La chorale l’insupporte encore plus que de coutume. Elle n’a pas faim pour son goûter. Le joueur sur TF1 ne gagne pas l’argent. Et il y a de la béchamel dans le gratin dauphinois au dîner.



Elle mange un pain au chocolat devant Louis la Brocante, quand on frappe à sa porte.

« Entrez ! »

Mme Chantonnay pousse doucement la porte, et se glisse à l’intérieur de la chambre.

« C’est bon, tu ne dormais pas !

-Bien sûr que non. Alors ? Tu as déjà les résultats ou tu dois encore attendre ? »

Elle vient s’asseoir sur le lit, à côté du fauteuil de son amie.

« Non, je sais déjà. »

Madame Guérin éteint le son de la télé.

« Alors ?

-J’ai un cancer gastrique. »

Madame Guérin reste bouche bée. Elle s’apprête à dire quelque chose, mais son amie l’interrompt.

« Il te reste des pains au chocolat ? »

Elle lui tend le paquet en silence. Elles se taisent quelques minutes, regardant le téléfilm, le son toujours coupé. Puis Madame Guérin se tourne vers Mme Chantonnay.

« Et tu peux guérir ? »

Son amie la fixe avec intensité.

« On ne guérit pas à 91 ans, Yolande. On meurt, à 91 ans. »

Madame Guérin fixe à nouveau le poste.

« Et… tu en as… pour combien de temps ? »

Elle soupire.

« Trois mois maximum. Mais en réalité je peux mourir d’un moment à l’autre. »

Elle fait tomber les miettes du pain au chocolat en secouant légèrement sa jupe. Madame Guérin est murée dans son silence.

« C’est pour ça que je vais habiter chez Sarah et Denis quelques temps. »

Madame Guérin ne dit rien. Une boule s’est formée dans sa gorge, un mélange de tristesse et de haine. Elle ne parvient pas à discerner si elle est triste pour son amie, ou si elle l’est pour elle-même. Mme Chantonnay se lève doucement.

« Je vais me coucher, Yolande. Bonne nuit. »

Madame Guérin détourne ses yeux de Louis la Brocante pour regarder son amie.

« Tu pars quand chez ta fille ? »

Elle pose sa main sur la sienne, et dit dans un murmure :

« Je pars demain. »


      Elle ne croyait pas si bien dire. Mme Chantonnay meurt le lendemain, au petit matin, comme si l’annonce du diagnostic avait suffit à lui faire renoncer à ses derniers instants sur cette Terre.


Par Coq - Publié dans : Extraits de nouvelles
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